Rechercher

Hiérarchie et dominance - Les idées reçues



Dans les années 80/90, l’éducation canine se répand, en divulguant l’idée que les maîtres doivent utiliser « les lois de la meute » pour éduquer leurs chiens. Ce qui implique que les chiens essayent de nous dominer et qu’il faut prendre le dessus avec des règles strictes. Les fondements de ces « lois de la meute » viendraient du fait que le chien descend du Loup.


Cependant, nous savons que le chien a évolué d’une manière très différente du loup, que ce soit physiquement ou au niveau du comportement. Le loup a lui très peu évolué, alors que nous avons produit des races de chiens de toutes formes, toutes tailles, et aux utilités complètement différentes.

Nous avons créé des races capables de garder des troupeaux, de les rassembler, de secourir les humains, de rechercher des tous types de substances, d’assister des personnes handicapées, de détecter des crises de diabètes etc.


Le cerveau du chien n’est plus le même que celui du Loup, car leurs activités ne sont plus les mêmes.


Le loup doit :

- Eviter le danger pour se préserver des blessures et de la mort

- Chasser pour se nourrir

- Se reproduire


Or, le chien domestique n’a plus les mêmes priorités :

- Il ne chasse plus pour se nourrir : c’est nous qui chassons les sacs de croquettes dans les magasins.

- Nous contrôlons sa reproduction

- Nous le soignons


En résumé : Le chien est aujourd’hui très éloigné de ses ancêtres. Il n’a pas les mêmes règles ni les mêmes codes. Il est donc erroné d’agir comme si un chien domestiqué était un Loup.


De plus, les études qui sont parues dans les années 70 sur les loups, et notamment le loup Alpha, sont à ce jour largement contestées et dépassées :



Ce que je vois très souvent, c’est que les gens ont un besoin de contrôle sur le chien. Il découle très souvent d’un vieux mythe qui a la peau dure : il faut dominer son chien sinon il nous dominera.



Je dois être le chef de meute



Le chien ne cherche en aucun cas à nous dominer, parce qu’il ne peut pas nous considérer comme « chef de meute » : nous n’appartenons pas à la même espèce, nous n’avons pas les même codes de communication.

Nous n’avons pas le même corps, et donc pas le même langage, alors comment pourrions nous lui apparaître comme un chef de meute ?

Le chien sait qu’il est un chien et il reconnaît les autres chiens. Il est donc assez intelligent pour savoir que nous ne sommes pas de la même espèce. Alors pourquoi vouloir se placer comme tel ? Il s’agit là déjà d’une erreur de parler de « chef de meute » alors que nous ne formons pas une meute avec notre chien : nous sommes de deux espèces différentes, nous formons donc un groupe social.


Le chien va saisir les occasions et les ressources qui s’offrent à lui, et les protéger si elles ont une très grande valeur pour lui. Mais il ne s’agit en aucun cas de dominer. Le chien n’est pas fourbe comme l’humain, il ne réfléchit pas à des tactiques « tiens, comment vais-je pouvoir dominer mon humain aujourd’hui ? et si je montais sur le canapé ? » , non le chien va plutôt se dire « tiens, ce canapé m’a l’air bien plus confortable que mon coussin ». En effet le chien va développer des stratégies, des comportements, qui résultent d’apprentissages pour préserver ses ressources. Cela n’a donc aucun lien avec une forme de hiérarchie naturellement présente chez lui.


Mon chien me montre de l’agressivité : il essaye de me dominer.



J’aimerai que les gens comprennent qu’ils adoptent un CHIEN, et non un humain. Le chien doit se plier à notre façon de vivre, à nos règles, comprendre notre communication. Mais beaucoup de gens ignorent ce qu’est vraiment un chien, comment il communique, ce dont il a besoin.

Il est important, voire primordial, qu’un chien puisse exprimer des comportements propres à son espèce. Oui un chien creuse des trous, renifle des pipis, mangent des choses qui nous exaspèrent, et il le fait parce que c’est un chien. Au final, ce que nous pouvons considérer comme des « bêtises », ou « problèmes de comportement » , sont simplement des comportements canins.


Ce que je voulais dire par là, c’est que les réponses humaines sont très souvent et largement inappropriées. La communication canine trop souvent incomprise ou ignorée. Le chien peut alors devenir agressif parce que son humain ne sait pas lire son langage corporel, et notamment les signaux d’apaisements.


Le chien peut également être agressif s’il est sévèrement réprimandé (verbalement ou physiquement) : la violence appelle la violence.

« Le caractère inflexible des comportements humains mène à des interactions où se développe l’agression. L’homme est souvent le premier agresseur » Alexandra Semyonova (2006).

Le chien peut également souffrir d’anxiété, que l’humain n’aura pas su déchiffrer (mauvaise socialisation, mauvais apprentissages…) et donc agresser par peur / crainte.

Encore une fois, rien de tout cela n’est lié au statut hiérarchique.


La dominance est devenue un fourre-tout trop facilement et dangereusement utilisée. Il est réducteur de catégoriser un chien comme étant dominant, alors que chaque comportement est motivé par des raisons bien plus complexes.


J’ai moi-même, avant d’être éducatrice canin, par manque de connaissances et désinformation, pensé qu’il fallait dominer son chien pour qu’il nous écoute. J’ai moi-même fait des erreurs avec ma chienne Nori.

C’est au moment où j’ai amené ma chienne de 4 mois chez la vétérinaire pour ses vaccins que j’ai réalisé que ce mode de fonctionnement était injuste et inapproprié.


A cet âge là, comme tous les chiots elle mordille, surtout quand on vient lui mettre les mains dans la gueule. La vétérinaire veut regarder ses dents, elle lui ouvre la gueule et plonge ses mains à l’intérieur. Devinez la réaction de Nori ? Elle mordille. C’est fou non ? La vétérinaire s’offusque, et lui pince fortement la babine, ce qui fait crier mon chiot de douleur, et l’agace encore plus. « Votre chienne va devenir dominante, elle est potentiellement dangereuse, il faut lui montrer que vous être le chef, elle doit avoir peur de mourir de votre main sinon elle ne se soumettra jamais ».

Nori, 4 mois

Je suis repartie abasourdie. Je n’ai rien trouvé à dire sur le coup car la vétérinaire faisait figure d’autorité, elle détenait « le savoir » et moi non. Je ne savais plus comment réagir avec ma chienne, j’étais perdue. Devais-je être plus violente ? Devais-je réellement passer par la peur ? Je n’en avais aucune envie. Je n’avais plus envie de me mettre en contradiction permanente avec ma chienne, en situation de conflit.


Je me suis alors remise en question, j’ai fait des recherches sur le chien, sur l’éducation. Et je suis heureusement tombée sur les bons bouquins, j’ai discuté avec les bonnes personnes. Celles qui se remettent en question, qui évoluent, et qui continuent de se former régulièrement pour ne pas tomber dans la désuétude. Des personnes bienveillantes, qui cherchent à comprendre ce qui motive un comportement, et qui dans la douceur et la patience travaillent sur le fond, sur le cœur du problème, et non pas sur les symptômes.

Des personnes qui ne se laissent pas submerger par des instincts de violences, mais qui pensent, qui réfléchissent. C’est comme ça que j’ai connu l’éducation positive. Parce que je savais au fond de moi qu’il y avait d’autres manières que de frapper un chiot de 4 mois pour lui apprendre à ne pas mordiller.


Oui, on peut éduquer un chien par la motivation et la confiance et non par la peur et la crainte. Il n’est jamais trop tard pour apprendre de ses erreurs et modifier son comportement. Informez-vous, lisez, parlez aux bonnes personnes, celles qui ne prônent pas la violence et la dominance, changez votre façon de voir le chien. Soyez le protecteur de votre chien, son être de référence et de confiance, n’en soyez pas le bourreau.


J’ai aujourd’hui une chienne de 2ans et demi qui n’a jamais agressé personne. Quand j’ai besoin qu’elle soit calme, ou qu’elle fasse quelque chose, je lui demande gentiment, et quand elle a besoin de quelque chose je lui apporte. Parce qu’une relation passe par le partage et la confiance.


Je n’ose pas imaginer comment serait Nori à ce jour si j’avais suivi les conseils malavisés de cette vétérinaire.

Je n’ai jamais été parfaite et je ne le suis toujours pas, personne ne l’est, mais on peut toujours chercher à mieux faire.


« Désigner un chien comme « dominant » est potentiellement destructeur. Cataloguer un comportement ou la personnalité d’un chien peut créer le conflit plutôt que la cohésion au sein de la famille. » Steinker 2007.

Cet article est un très gros résumé, c’est pourquoi je vous incite vivement à lire les livres qui m’ont éclairée, et que je recommande à toute personne ayant un chien, et qui m’ont d’ailleurs beaucoup inspirée pour cet article :






Je remercie mes formateurs, et tous mes maîtres de stage. Ceux sont elles, les bonnes personnes dont je parlais plus haut.

Je tenais à remercier particulièrement Elodie Chaix-Bruny, qui est, en plus d’être une éducatrice au top, une personne formidable, bienveillante, ouverte d’esprit, qui aime partager et se remettre en question, merci pour tout ce que tu m’as apporté.

119 vues
Le temps du chien promeneur canin Béziers

07.70.26.64.75

Numéro Siret : 853 596682 00015